Alice, chez elle
- Alice ! Alice !
Des bruits de pas précipités se firent entendre dans le couloir. Alice sourit, posa sa guitare et son sac vintage contre le mur, quitta ses ballerines et se dirigea vers sa petite s½ur.
- Alice ! cria derechef cette dernière, visiblement heureuse.
Sa grande s½ur enfouit son visage dans son cou.
- Mon bébé... murmura-t-elle.
- Ga ?
Alice sourit derechef.
- Mmmh, tu sens bon, Anyssa.
- Alice, complètement fan de sa petite s½ur, plaisanta une voix, depuis la cuisine.
- Mamie !
Alice relâcha l'étreinte de sa petite s½ur et couru vers la cuisine. Sa grand-mère lui fit un large sourire et la pris dans ses bras.
- T'as encore grandi, Alice, marmonna-t-elle.
- Mamie ! Maman ne m'avait pas dis que tu viendrais !
- Tu pensais que j'allais rater ton spectacle de théâtre ?
Alice se mordit les lèvres. Foutu spectacle ! Elle détestait le théâtre. Qu'est-ce qui lui avait pris de s'inscrire à l'audition ? Elle soupira. Pour faire plaisir à sa mère, qui se plaignait qu'elle n'ait pas beaucoup d'amies, elle avait décidé de participer à une activité au sein du lycée. Et voila où ça la menait ! Toute la famille pour lui rendre visite à la pièce de fin d'année – où elle ne tenait qu'un rôle ridicule, cependant.
- Oh, non, mamie, fallait pas...
- Alice ! Sois motivée, un peu !
- Mamie, c'est pas mon truc, le théâtre.
- Ga ?
Anyssa se tenait dans l'encadrement de la porte. La grand-mère la pris dans ses bras et toisa Alice.
- Jeune fille, je suis sure que tu seras époustouflante. Si seulement...
Alice lui jeta un regard interrogateur. La vieille femme reprit :
- Enfin, je veux dire ... Regarde toi, Alice. Tu t'es convertie en hippie ?
Alice cacha son envie de rire et se contempla dans le grand miroir du salon. Elle avait revêtit une fine robe blanche, un grand collier tressé et des fleurs dans ses longs cheveux.
Sa grand-mère marmonna quelque chose qu'Alice n'entendit pas. Anyssa vint galoper autour de la jeune fille. Cette dernière la pris dans ses bras, une nouvelle fois, et vint l'amener dans sa chambre. Elles se posèrent sur le lit ; Alice soupira. Sa chambre. Son refuge. Une chambre entièrement personnalisée par ses soins.
Une odeur douce de vanille flotte dans la chambre au meubles anciens, comme vieillis et délavés par le temps. Partout dans la pièce trônent des fleurs, des plantes, des cactus, de toutes sortes, de toutes tailles. Sur les murs, pas de posters avec des divas aux poses suggestives : seulement des partitions, des photos d'Anyssa, des coupures de journaux. Au fond de la pièce, un très grand meuble en bois sombre, faisant office d'armoire à Alice, débordant de vieux vêtements récoltés dans les friperies, chez sa grand-mère, dans les bourses... Des motifs divers et variés, des fleurs, du beige, du jean, de la grosse laine...
Alice n'avait jamais eu une folle passion pour la mode. Elle se contentait de collectionner les vieilles affaires trouvées ici et là. Malgré les fréquentes moqueries qu'elle recevait au lycée, elle ne s'en souciait pas.
La seule personne qui ne se moquait pas d'elle était sa seule amie, Maria, une nomade qui abordait des tenues les plus extravagantes les unes que les autres. A l'instar d'Alice, elle ne s'en préoccupait pas. C'est ce qui les unissait. Le monde superficiel et exclusif de l'apparence parfaite ne les intéressaient pas. Elles préféraient se concentrer sur leur vraie passion : la musique. Sans pour autant la qualifier de meilleure amie, Alice était très attachée à son amie. Elle la trouvait tellement simple, tellement admirable.
- Alice ! la demanda une petite voix.
Alice sursauta, sortant de sa rêverie. Sa petite s½ur la regardait de ses grands yeux bleus bordés de cils à longueur vertigineuse. Elle avait une brosse et des élastiques à la main ; elle les lui tendit. Alice hocha la tête.
- Tu veux que je te coiffe, hum ?
Pour toute réponse, Anyssa lui sourit de toutes ses petites dents. Anyssa n'avait que deux ans, mais c'était une vraie coquette : elle adorait être coiffée, habillée, pouponnée.
Alice commença à lui coiffer ses longs cheveux soyeux. Sa petite s½ur était vraiment belle : ses cheveux blonds, ses grands yeux, sa bouche en c½ur, elle avait tout pour marquer l'esprit des gens.
Alice soupira. Elle était beaucoup plus banale, en dépit de ses longs cheveux bouclés châtains. Elle interrompit son coiffage, prit sa petite s½ur dans les bras, renifla une nouvelle fois son parfum vanillé et lui murmura :
- Tu es tout ce que j'ai de plus précieux au monde, Anyssa. Tout.